GuindonvilleVal-David · 2003

Résumé de l'affaire

Un stationnement de 300 places, à la place de sept maisons

Ce résumé reprend, en le mettant au passé, la page « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir » du site de 2003, écrite par les locataires. C'est leur version, celle qu'ils défendaient. La version de la municipalité figure plus bas.

Comment ça a commencé

Tout part d'un stationnement. Les propriétaires de l'hôtel La Sapinière, la famille Dufresne, cessent d'offrir aux randonneurs l'accès à leur stationnement, en affirmant que l'achalandage automobile nuisait à la tranquillité de leurs clients. La mairie de Val-David se voit alors « dans l'obligation » de trouver un autre emplacement pour la porte d'entrée du parc régional Dufresne.

En mai 2002, un emprunt de 500 000 $ est autorisé pour concrétiser un projet d'aménagement du parc comportant un stationnement de 300 places et un chalet d'accueil, sur la terre de monsieur Yvon Guindon, un des pionniers et fondateurs du village. Ni le projet ni la demande d'emprunt n'ont été annoncés dans les médias locaux avant leur adoption par le conseil municipal. Ce dernier disait avoir suivi toutes les procédures légales : trois avis publics affichés dans le village, quelques heures seulement, à une date précise. Mais, demandaient les locataires, à quoi bon ces avis si la population n'en est pas informée ?

L'expropriation

Âgé de 86 ans, monsieur Guindon ne désirait nullement vendre son bien. Il fut exproprié. La somme de 208 000 $ fut fixée par l'évaluation effectuée par la mairie pour l'achat du site et des maisons, totalisant 36 acres. Il a contesté le prix offert (Le Devoir, 6 mars 2003). Puisque l'expropriation s'était faite dans les règles, son avocat lui a dit que toute contestation serait inutile.

Guindonville logeait dix locataires à faibles revenus, la plupart depuis une quinzaine d'années. La mairie a décidé de les évincer pour le 1er juillet 2003. Sachant la pénurie de logements à prix abordable à Val-David et dans les environs, les locataires perdaient une qualité de vie incomparable, à la fois près du village, du parc linéaire et de la montagne.

Les solutions de rechange

Malgré d'autres emplacements vacants dans le secteur, ne nécessitant l'expropriation de personne, la municipalité s'est obstinée à conserver le choix de Guindonville. Les locataires en énuméraient plusieurs :

« Mais, ignorant toutes ces suggestions, il semblerait que nos élus préfèrent mettre des citoyens à la rue », concluait le site.

Ce que disait la municipalité

La municipalité soutenait que le choix de Guindonville était le moins coûteux des trois sites étudiés pour l'aire d'accueil du parc, que la plupart des maisons étaient en état de délabrement avancé (deux seulement répondaient aux critères d'Habitation Québec), et que le parc régional, utilisé été comme hiver, avait besoin d'une entrée avec stationnement et centre d'accueil. L'étude interne des trois sites, signée par le directeur général, ajoutait qu'en choisissant Guindonville, Val-David « se débarrasserait d'un bidonville ». Devant la caméra de Zone Libre, le directeur général l'a assumé : « C'est écrit, c'est écrit ; on ne peut pas le renier. […] C'était à l'époque un rapport interne et puis on l'a diffusé. On ne l'a pas modifié. »

En mars 2003, le journal satirique Le Couac a soumis aux élus les extraits d'articles du Devoir qui les mettaient en cause, et a publié leurs réponses. Le directeur général y affirmait que le règlement d'emprunt avait été approuvé par le ministère des Affaires municipales et que toutes les étapes avaient été respectées, qu'« une pétition n'a pas de valeur légale », que le terrain Carignan était en grande partie en zone humide et que son propriétaire en demandait plus de 280 000 $, et que « des procédures seront intentées » contre ceux qui répandaient des « faussetés ». Un conseiller municipal élu en décembre 2002, Dominic Asselin, était plus nuancé : « Les mots sont très mal choisis. […] Oui, les avis ont été respectés, tout est légal, mais cela a manqué de morale. Il est évident que nous n'en serions pas là si le projet avait cheminé avec les gens concernés. » Il expliquait le fond de la décision : les maisons étaient évaluées en moyenne à 15 000 $ chacune ; en douze mois, il y avait eu plus de transactions sur les terres qu'en dix ans ; « les développeurs sont chez nous », « il nous faut un accès, sinon nous allons crever et il y aura des bungalows en briques roses jusqu'au sommet ». Un village de 4 000 habitants, un budget de 4 millions par année : « on emprunte pour sauver la peau du village, mais il y a des conséquences ». Ces réponses sont reproduites dans la page des voix →

Le 7 juillet 2003, au lendemain de la démolition, la municipalité affirmait en point de presse que tous les locataires étaient relocalisés et que cinq des sept avaient accepté une indemnité. Les locataires ont répondu nom par nom : un seul relogé à Val-David, les autres dans une chambre chez un voisin ou chez des parents, dans un chalet trop cher, dans une roulotte, ou à la rue ; deux personnes sans revenu avaient accepté 12 000 $ en tout, quelques jours avant l'éviction.

Le parc, finalement

Pendant que la controverse faisait rage, un promoteur immobilier révélait à Zone Libre avoir acheté, en mai 2003, 379 acres dans la montagne, soit près des trois quarts de la superficie prévue du parc régional, pour 400 000 $. Il voulait y construire des maisons près des pistes de ski. Val-David et Val-Morin ont décidé de l'exproprier, et les citoyens ont approuvé par référendum, le 2 novembre 2003, un nouvel emprunt de 500 000 $ pour le faire. Le 31 octobre 2003, le stationnement pour lequel Guindonville avait été rasé n'était toujours pas construit. Les locataires avaient demandé à la cour de rester jusqu'à cette date.

Lire la chronologie complète →