Les voix
Ce qu'ils ont dit, en 2003
Des phrases prises telles quelles dans les sources de l'époque : le site des locataires, Le Couac, Le Devoir, Radio-Canada, le FRAPRU, Indymedia. Tous les camps, y compris la municipalité, dans ses propres mots.
Celui qui avait bâti les maisons
« C'est pour que le monde vive que j'avais construit ces maisons. »
Yvon Guindon, cité par Claude Proulx dans Ski-se-dit, 2002
« Ce beau moment, nous le gardons précieusement en nos mémoires, car il représente bien le type d'engagement que nous poursuivons depuis près de soixante ans. »
Yvon et Dorothy Guindon, au sujet de la fête du 15 juin 2003
Les locataires
« C'est un château que j'ai ici. On a la paix ; ça n'a pas de prix, ça. On est près de tout. Pour un coin tranquille, c'est tranquille. »
Jean Bureau, dix-sept ans à Guindonville, à Zone Libre
« C'est clair qu'ils ne veulent pas des pauvres. […] C'est la "tremblantisation" de la région qui s'en vient. […] Tant que les gens n'auront pas trouvé un logement, tant qu'ils ne seront pas relogés, je me sentirai mal par rapport à ça. »
Jean-Pierre Charce, à Zone Libre
« Quand j'étais monteur de ligne, je pensais que je ne pouvais pas vivre avec moins de 70 000 $ par année. Aujourd'hui, nous vivons avec 6 000 $ à deux. On a un mode de vie très simple, le plus simple possible. Tous les gens ici se contentent de peu. »
Bob, à Zone Libre
« Les petites maisons de Guindonville sont simples et rustiques, certes, mais c'est justement ce qui fait leur charme pittoresque, en harmonie avec l'esprit champêtre de Val-David. Personne ne s'en plaint, et si vous les qualifiez d'insalubres, pourquoi ne pas avoir dès le début fait venir un inspecteur ? […] La survie du village ne dépend certainement pas d'un stationnement ou d'un accès aux montagnes, mais plutôt d'une solidarité en tant que communauté. »
Chloë Charce, « Guindonvilloise et citoyenne de Val-David », dans Le Couac, mars 2003
« Tout ce qui est abordable se loue comme des petits pains. À Val-David, c'est assez restreint. »
Chloé Charce, à Zone Libre
« Voici que le moment crucial arrive. Les huissiers sont débarqués, la SQ était dans les environs […]. Là, la fête reprend, le feu a été rallumé, les guitares et les jongleurs s'en mêlent. Les voisins arrêtent, eux qui avaient entendu dire qu'au 1er juillet on aurait quitté, que le sort était jeté… on les invite au feu, beaucoup acceptent. »
Les occupants, sur Indymedia Montréal, soir du 3 juillet 2003
« Guindonville est peut-être démoli… mais existera toujours dans nos cœurs ! »
Le site guindonville.ca.tc, automne 2003
Les appuis
« Se faire jeter à la rue, de même, franchement, c'est de l'abus de pouvoir direct ! […] Ils mettent sur le même pied le coût d'un humain et le coût du ciment. »
Richard Desjardins, Le Devoir, 24 avril 2003
« Le FRAPRU considère scandaleux de démolir des maisons, si modestes soient-elles, en pleine crise du logement. »
FRAPRU, communiqué du 25 juin 2003
« Il est carrément impardonnable de la part de la ville de Val-David d'avoir fait expulser des locataires, d'avoir démoli leurs demeures et d'avoir brisé leur milieu de vie… pour faire place à un terrain de stationnement et un chalet d'accueil pour un parc. »
François Saillant, FRAPRU, 6 juillet 2003
« Les pauvres doivent toujours avoir leur place à Val-David comme partout ailleurs au Québec. »
FRAPRU, convocation de la manifestation du 7 juillet 2003
« À ma très grande surprise, aucun des propriétaires rencontrés n'a reçu d'offre de la ville. Et pourtant, au conseil de ville de Val-David, on nous affirme qu'il n'y a pas d'autres options que Guindonville. […] À qui profite réellement cette expropriation ? »
Myriam Tison, résidente de Val-Morin, lettre ouverte, 2003
« Ces maisons étaient, j'en conviens, un peu fatiguées par le temps et leur utilisation, mais elles étaient très convenables, structurellement stables, et logeaient des gens ayant un mode de vie alternatif et modeste. »
Stéphane Bertrand, petit-fils d'Yvon Guindon, Le Devoir, 10 juillet 2003
« Vous avez gagné quelque chose que personne ne pourra jamais vous enlever : l'expérience d'une lutte spontanée et solide. »
Mélanie, juillet 2003
« Hier encore, ces tas-là, c'était une maison. Une maison habitable. Une maison habitée. »
Batiste W. Foisy, 6 juillet 2003
« We will never forget!!! »
Kayla Yetman, sur Indymedia, 6 juillet 2003
La municipalité
En mars 2003, Le Couac a soumis aux élus les extraits d'articles du Devoir qui les mettaient en cause et a publié leurs réponses intégrales. En voici des extraits.
« Malgré que ce rapport était interne, nous avons été transparents et il n'a pas été modifié pour diffusion publique. […] Le dossier du règlement a été approuvé par le ministère des Affaires municipales, l'ensemble des étapes d'adoption ont été respectées. Rien d'autre à rajouter. Une pétition n'a pas de valeur légale et il n'est pas dans nos intentions de décortiquer la pétition déposée. »
André Desjardins, directeur général de Val-David, Le Couac, mars 2003
« C'est écrit, c'est écrit ; on ne peut pas le renier. […] C'était à l'époque un rapport interne et puis on l'a diffusé. On ne l'a pas modifié. »
André Desjardins, à Zone Libre, au sujet de l'étude qui disait que Val-David « se débarrasserait d'un bidonville »
« Les mots sont très mal choisis. […] Oui, les avis ont été respectés, tout est légal, mais cela a manqué de morale. Il est évident que nous n'en serions pas là si le projet avait cheminé avec les gens concernés, mais cela ne modifie pas pour autant le résultat. […] Dans les 12 derniers mois il y a eu plus de transactions sur les terres que durant les derniers 10 ans. Les développeurs sont chez nous. […] Il nous faut un accès, sinon nous allons crever et il y aura des bungalows en briques roses jusqu'au sommet. Ce sera la mort de Val-David. […] Comme beaucoup de mes concitoyens, je suis déchiré par cette conséquence, mais nous n'avons pas le choix. »
Dominic Asselin, conseiller municipal de Val-David, Le Couac, mars 2003
« Ça fait 15 ans que je fais ça, pis j'suis content de le faire. »
Un policier, au périmètre de sécurité, 6 juillet 2003, rapporté par Batiste W. Foisy
Les médias
« Guindonville, avec ses sept maisonnettes, est devenue l'emblème de la cause du logement social au Québec. »
Zone Libre, Radio-Canada, 31 octobre 2003
« Les policiers ont finalement délogé et arrêté la dernière protestataire, perchée à la cime d'un arbre depuis plusieurs jours. Quant à Kathy Pitre, la figure la plus connue des résistants du secteur, qui s'était attachée sur son toit depuis jeudi par un baril rempli de ciment, elle s'est rendue aux policiers un peu plus tôt. »
Radio-Canada, dossier « La crise du logement », juillet 2003
« Sainte-Scholastique / ou Guindonville / fallait partir, un bon matin / Pour les touristes ou leurs parkings / on est toujours dans l'chemin. » C'est ce que chanterait Paul Piché s'il réécrivait la Gigue à Mitchouano aujourd'hui.
Batiste W. Foisy, 6 juillet 2003
Les gens de Guindonville
Pour la mémoire, tels que les sources de 2003 les nomment.
- Yvon et Dorothy Guindon, propriétaires, bâtisseurs du lieu depuis 1941.
- Les locataires : Jean-Pierre Charce ; Chloë Charce et son fils Benjamin ; Jean Bureau ; Mireille Dorais ; Marie Baccard et Roland Boursier ; Kathy Pitre et Robert « Bob » Landry.
- Sur les plates-formes, le 6 juillet : Kathy, sur le toit de sa maison ; Julie, « La Schtroumpfette », dans son arbre ; et un troisième résistant, enchaîné à l'autre baril.
- Les communications, le Wi-Fi, les caméras, la scène : Christian Brochu, aussi auteur du site de 2003 et du film.
- Les appuis : Richard Desjardins, Gilles Vigneault, Richard Séguin, Michel Rivard et Luc Picard (signataires) ; François Saillant et le FRAPRU ; la CLAC ; Stéphane Bertrand ; Myriam Tison et Pierre Gougoux ; François Myrand, au violoncelle ; le restaurant Aux Vivres ; Batiste W. Foisy, Mélanie, et des dizaines de sympathisants venus camper.