GuindonvilleVal-David · 2003

Texte d'époque · Le Devoir, 10 juillet 2003

Guindonville, l'antithèse d'un paysage banalisé

Où est passé le discours de la municipalité de Val-David soutenu par les données objectives en ce qui concerne l'option optimale pour l'emplacement du chalet d'accueil et le stationnement dans cette affaire de consolidation du parc régional ? Une étude réalisée par des professionnels de l'aménagement et payée par les contribuables a été aussitôt reléguée à l'arrière-plan des discours actuels pour justifier l'expropriation des terrains d'Yvon Guindon.

À l'heure actuelle, on ne lit et n'entend qu'un argument : le mauvais état des bâtiments de Guindonville comme raison à leur démolition. Des conseillers municipaux ne font référence qu'à cette condition. On détourne même le discours prétextant que si un inspecteur y avait fait son travail, il aurait déclaré ces maisonnettes insalubres. Il est temps de remettre les pendules à l'heure : ces maisons étaient, j'en conviens, un peu fatiguées par le temps et leur utilisation, mais elles étaient très convenables, structurellement stables, et logeaient des gens ayant un mode de vie alternatif et modeste.

La municipalité a adopté une stratégie d'expropriation, sachant a priori qu'elle partait gagnante et que ce mécanisme est quasi incontestable d'un point de vue juridique. Une inspection des bâtiments (qui aurait, dans la logique des événements, dû être réalisée en amont du processus) se serait avérée fort évidemment très contestable sur le plan juridique. La municipalité, par cet argument si subjectif, n'aurait pas pu évincer aussi facilement Yvon Guindon et déloger ses locataires de ce site hautement convoité.

Je sais pertinemment que l'on rencontre couramment sur le marché immobilier, au Québec, une qualité de bâtiment telle qu'on la retrouve à Guindonville. Veut-on nous dire qu'il faut éliminer de telles structures selon la donne de la taudification (bidonville), le tout justifié par des élus municipaux se substituant à des promoteurs immobiliers ? Si cela est le cas, il y aurait bien d'autres résidences sur l'ensemble du territoire québécois qui ne résisteraient pas à une telle entreprise. De surcroît, ces bâtiments sont intimement liés à l'histoire d'un certain développement régional du Québec, nommément celui entrepris par ses habitants. Pourquoi ne pas avoir procédé à la mise sur pied de programmes de rénovation urbaine et de mise en valeur de la communauté existante pour Guindonville ? N'est-ce pas l'essence même d'une vision du concept de développement durable et global ?

Il demeure que l'appauvrissement du paysage dans les Laurentides, dans son sens le plus global et aussi le plus tangible, devient apparent. De l'asphalte, des maisons standardisées et choisies dans un catalogue, un aménagement paysagé de pelouse, une tondeuse, et voilà le déclin des caractéristiques vernaculaires et proprement laurentiennes au profit d'un paysage générique et banalisé.

Stéphane Bertrand, petit-fils d'Yvon Guindon, propriétaire de Guindonville

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