GuindonvilleVal-David · 2003

Texte d'époque · Dossier Guindonville, juillet 2003

Ils ont détruit les maisons… ils ne détruiront pas la résistance !

Dimanche 6 juillet 2003, à 6 heures du matin, les occupants de Guindonville, dans les Laurentides, ne se sont pas réveillés comme d'habitude par le son des oiseaux qui gazouillaient mais par celui d'un commando de la S.Q. qui débarquait pour l'assaut final.

On s'attache… à Guindonville

À 6 heures pile, une quarantaine de policiers de la SQ débarque à Guindonville pour mettre un terme à l'organisation de désobéissance civile en cours depuis le 1er juillet. Trois des occupants étaient sur leur plate-forme et, comme prévu, se sont attachés, deux à des barils et l'autre à la cime d'un arbre avec un U-lock. Au moins trois autres occupants, réalisant ce qui arrivait, se sont mis à courir et ont essayé de grimper aux plates-formes (libres au moment de l'intervention), mais n'ont malheureusement pu les atteindre, vu la rapidité de l'intervention. L'un d'entre eux a même reçu un coup de coude sous l'œil gauche au moment de l'arrestation. La quinzaine d'autres occupants a quitté les lieux en toute coopération, comme convenu entre eux.

Étrangement, une autre personne inconnue des occupants aurait lancé une roche sur un caméraman, ce qui entraîna une autre arrestation. Reste à savoir d'où il sortait, car il n'a pas été libéré en même temps que les autres (perturbateur… undercover ?).

À partir du moment où les gens ont été évacués du terrain et même de la rue (les autorités les repoussant vers les extrémités d'où ils ne pouvaient voir toute la scène), la grue commença aussitôt la destruction, sous les yeux des « lockés ». Simultanément, les agents de la SQ commencèrent à déloger un des occupants d'un baril. À l'aide d'un marteau-piqueur, ils ont cassé le béton du baril pour ensuite scier le tuyau où la personne avait inséré son bras et attaché son poignet. La deuxième personne retirée fut Kathy, qui était sur sa plate-forme depuis un peu plus de 5 jours. La même méthode fut utilisée ; marteau-piqueur et scie, et au dire de Kathy, elle n'était pas super rassurée par le brassage créé par le marteau-piqueur et la chaleur du tube quand ils l'ont scié. Finalement, elle ne subit aucune blessure et descendit de sa plate-forme la tête haute. Aussitôt fait, la maison, vieille de 62 ans, fut détruite sous les yeux de Julie qui était encore dans l'arbre.

La dernière à être retirée fut effectivement Julie, grimpée au haut de l'arbre avec un cadenas en U attaché au cou. À l'aide d'une échelle de pompier, ils ont coupé quelques branches et l'ont délogée vers midi, après 6 heures d'intervention.

Les gens arrêtés ont été amenés au poste où ils ont été accusés d'entrave et ont été relâchés vers la fin de l'après-midi sous promesse de comparaître et avec une condition de ne pas mettre les pieds sur le terrain de Guindonville. Pendant ce temps, les supporteurs de Guindonville essayaient de récupérer ce qu'ils pouvaient dans les débris des maisons et sur le terrain en général tout en faisant leur deuil.

Surprise !

Au cours des jours précédant l'intervention, la SQ avait affirmé qu'il n'était pas urgent d'intervenir dans ce dossier et de mettre inutilement en danger des gens qui se disent non violents et pacifiques. Elle avait laissé entendre qu'elle n'allait pas agir et essayer plutôt la méthode « à l'usure ».

Qu'est-il donc arrivé dans la nuit de samedi à dimanche ? Ce que nous avons appris c'est que la ville de Val-David a intenté une poursuite contre la SQ face à leur inaction dans le dossier. Ce qui prouve, une fois de plus, que l'argent passe par-dessus les bonnes intentions ! C'est d'ailleurs pour cette raison que certains des gens qui étaient généralement sur les plates-formes étaient descendus pour dormir, car ils étaient tous convaincus qu'il n'y aurait pas d'intervention de nuit ou de matin.

Tactique policière ou simple hasard, on peut tout de même confirmer la présence d'un undercover sur le terrain la veille de l'événement, assez facile car cette personne était le lendemain un des dirigeants des opérations. L'intervention a été préparée et planifiée d'avance, c'est sûr. Il y a quelques raisons même de penser aussi que la date choisie pour l'intervention n'était pas un hasard. Presque simultanément à Montréal, une centaine de manifestants était aux prises avec l'anti-émeute dans le parc Lafontaine pour ce qui était pratiquement la même cause : la crise du logement.

Les dirigeants de la ville de Val-David avaient affirmé dernièrement que la plupart des personnes qui se trouvaient à Guindonville étaient de Montréal, ce qui est totalement faux. Par contre, si c'est ce qu'ils croyaient et sachant qu'il y aurait possibilité de solidarité de la part de Montréal avec Guindonville et sachant la venue d'autobus organisés par le FRAPRU lundi, il est clair que l'intervention de dimanche matin n'a rien d'un hasard.

Guindonville : une histoire de cœur

Guindonville, bien qu'il ne soit plus nécessaire d'en faire la description détaillée grâce aux médias, c'était un endroit où des gens pleins de bonnes intentions ont décidé de défendre leur habitation. Cette lutte, c'était celle du logement, celle de l'autodétermination, celle du respect des droits. Cette lutte a permis à plein de gens d'ouvrir leur vision et de comprendre les enjeux du logement. Cette lutte a rassemblé des dizaines de personnes, maintenant plus que jamais convaincues de la pertinence de leur action. Cette lutte, bien que les maisons soient aujourd'hui par terre, peut être considérée comme victorieuse car la résistance qui a été créée pendant le dernier mois est, elle, plus debout que jamais. Les occupants de Guindonville sont maintenant déterminés à continuer de se battre, contre les acteurs de cette destruction et contre ceux qu'ils tiennent pour responsables.

De l'amertume à l'espoir

Pour ma part, cette histoire je l'ai vécue intensément et tous les jours malgré la distance qui m'en séparait. La première fois que j'avais visité cet endroit, suite à l'invitation d'amis qui y vivaient, j'étais tombée en amour avec la place. J'ai participé de diverses façons à cette lutte et surtout au cours de la dernière semaine où j'y ai passé environ 5 jours. Je n'y étais pas ce fameux matin du 6 juillet mais en apprenant la nouvelle dès 7 heures du matin, un sentiment de rage contre la stupidité humaine m'a envahie. En arrivant sur les lieux vers une heure, tout était démoli et quand j'ai vu ce désastre je n'ai ressenti que de l'amertume.

À ma grande surprise, les gens qui étaient sur le terrain, anciens occupants de Guindonville que j'avais eu la chance de connaître durant les derniers jours et semaines, n'étaient pas désespérés. Déjà je pouvais ressentir l'impulsion d'une nouvelle étape de la lutte qui venait de voir le jour. En discutant avec les gens, j'ai réalisé que ce qui venait de se passer ce matin-là était déjà transformé en boost énergétique et en force de lutte canalisée pour tout ce qui reste à faire afin de rendre justice à toute cette beauté qui a déjà été et qui va bientôt se transformer en asphalte.

À tous ceux et celles qui ont lutté pour la sauvegarde de Guindonville, je vous lève mon chapeau, vous avez gagné quelque chose que personne ne pourra jamais vous enlever : l'expérience d'une lutte spontanée et solide. La solidarité et le support des gens sont encore là et vous êtes maintenant plus forts que jamais. Merci pour la belle expérience et tous les beaux moments que vous m'avez procurés. Continuez votre lutte, ils n'ont pas fini d'entendre parler de vous autres !

Solidarité, Mélanie

Une phrase du texte original visant nommément un fonctionnaire municipal a été retirée de cette reproduction. Le reste est intégral.

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